Genèse et Pitch

 

Emma, réalisatrice de documentaires, pas au mieux de sa vie personnelle, accepte la proposition du Berger des Rues, éducateur spécialisé, de tourner un film sur les vies de jeunes gens en errance.
En attendant les financements, elle commence à interviewer des jeunes femmes qui lui ouvrent leur monde. L’impétueuse Charlie est en foyer depuis l’âge de 12 ans, elle a construit elle-même sa maison de bric et de broc, Coralie a la main verte mais l’esprit en vagabondage, Nina a élevé un enfant en vivant en camion. Elles se livrent sans masque, fortes et blessées. Les questions que soulèvent ces confessions incitent Emma à faire face à ses propres errances.
L’important devient que le film existe.

 

L’histoire du film dans le texte est l’histoire du texte.
Un livre commencé il y a cinq ans, un roman-documentaire sur des jeunes gens dans la précarité. C’est leur éducateur de rue qui en a eu l’idée, il a cherché des financements mais au final ça n’a pas fonctionné. Seulement on avait déjà commencé. Il m’avait accompagnée interviewer trois jeunes femmes qui m’ont retourné le cœur.
Je ne pouvais pas ne pas écrire ce livre.
Le voilà enfin.
J’ai tenu, tout en maintenant un fil de fiction pour rendre la lecture fluide, à donner tout l’espace à leur parole si sincère, en la laissant la plus intacte possible.
Charlie, Coralie et Nina ont ouvert leur vie, elles ont parlé sans posture, à fleur de peau.
Elles ont livré leur monde cash, je vous espère nombreux à les entendre.
A les lire, en l’occurrence.

HD

Ce qu'on en dit

« Ajouter des étoiles », parce que la vie est tellement pourrie que ça ne peut pas faire de mal d’y mettre un peu de rêve et de beauté.
La narratrice, accompagnée d’un éducateur de prévention spécialisée, part sur les chemins de traverses de la grande précarité quelque part en Provence. Il s’agit de préparer un film fait des paroles et des vies de trois jeunes femmes qui vivent dans une cabane, une caravane bricolée, un camion vaguement aménagé… Les rencontres structurent le récit, ses propres souvenirs de jeunesse (autofiction ? Imagination ?) interfèrent, les paroles de l’éducateur ponctuent.
C’est que la vie n’a pas été et n’est toujours pas jolie jolie pour ces trois femmes. Maltraitances physiques infantiles, incestes plus ou moins dits, inattentions parentales, échecs des placements et des suivis sociaux, violences conjugales, drogues, et bien entendu énorme et permanente précarité structurent leurs survies. Et, cependant, au milieu de tout cela, elles bougent, elles résistent, elles avancent. Cahin-caha, avec des clashs qui remettent tous les efforts à zéro, aussi avec des entraides, des solidarités… Et avec de sacrés coups de main de l’éducateur qui est attentif à elles, qui ne les lâche pas même quand elles contribuent largement et très efficacement à ce que tout rate une nouvelle fois.
Trois récits de vie, donc, de ces vies faites d’errance, de pertes de soi, d’espoirs, de lumières, auxquelles il serait si bon d’ajouter quelques étoiles… Autofiction, roman biographique ? Un peu de tout cela. Le grand intérêt de ce livre pour les intervenants du social c’est son écriture ethnographique sous forme romancée, sa lecture fluide, qui permet d’entrer dans ces vies présentées sans misérabilisme ni compassion. Des vies brutes, habitées, cash, avec des personnes brutes, habitées, cash. Passionnant.
Les intéressés découvriront également une pratique de la prévention spécialisée très éloignée de ce que la « prev’ » est devenue, avec une définition très affective proposée par l’éducateur dans une discussion : «la prévention c’est d’aller vers les gens les plus… c’est le dernier rempart, le dernier filet, les gens les plus abîmés, les gens qui prêtent à l’imaginaire, au fantasme, qui font peur » (p. 235). A méditer.

 

François Chobeaux in Bulletin Réseau national jeunes en errance

Extraits

Depuis la cabane, une voix forte nous demande d’attendre deux minutes, Charlie est en train de s’habiller. Il y a une intonation joyeuse dans cette voix, le Berger des Rues sourit.
Nous restons entre le portail et la maison, le gros chien nous fait la fête. En attendant j’observe les alentours.
Evidemment, je pense aux images que je pourrai tourner. Par exemple ce chapelet avec ce crucifix, le tout en plastique bleu turquoise, accroché au poteau de métal qui tient le portail. Les bouteilles de gaz, les seaux, les cônes de signalisation rouges et blancs empilés, les outils, les tas de planches, les arbres tout autour, le barbecue et les chaises longues usées, le linge qui sèche, les carcasses de voiture, le vieux caddy échoué près d’un tas de cendres et de cartons.
Comme dans tous les jardins où il y a un chien, un ballon crevé traîne dans l’herbe.
Je remarque deux caravanes sur un autre terrain au-delà du grillage, le Berger a suivi mon regard :
– Je ne sais pas qui habite là maintenant, mais il y a deux ans c’était un couple dont je m’occupais. La dernière fois que je leur ai rendu visite, j’ai retrouvé la jeune femme à moitié nue, pleine de boue, la figure et une jambe massacrées. Je l’ai emmenée à l’hôpital, quelques heures plus tard elle avait déjà appelé son mec pour qu’il vienne la chercher…
Le Berger raconte avec détachement, comme n’importe qui parlant de son boulot, mais j’ai le sentiment de devoir comprendre autre chose. Peut-être prendre la mesure de l’impuissance.
Soudain, je me demande ce qui l’a poussé à faire ce métier, je lui pose la question, il rit :
– C’est une bonne question ! J’ai…
Il est interrompu par la voix grave de Charlie.
– Alors Papé ?
Le visage du Berger s’illumine.

 

Je travaillais en restauration au noir le weekend. Je gagnais 150 euros/200 euros par semaine, ça me suffisait pour mettre le gasoil, pour le reste. Là maintenant, depuis que je n’ai plus de travail c’est un peu plus rude. Mais bon, voilà, toujours la solidarité avec les copains. Tu n’as pas de gasoil ? Ton collègue va te passer un peu de rouge, de l’huile, tu peux conduire, tu as à manger dans ton assiette, une petite bière avec les copains, et voilà vivement le lendemain ! … Ah elle est chouette la vie hein ! J’aime bien être à Tuisper, j’aime bien mon terrain, je suis trop heureuse moi là, franchement, c’est la première fois que j’ai un pied-à-terre, je suis chez moi, je me sens bien. Là, vraiment, le pied-à-terre je l’ai trouvé. Avant, tous les deux ans je bougeais d’endroit…
Charlie occupée à charger le poêle n’a rien perdu de la conversation,
– C’est bien, intervient-elle, mais au fond ce n’est pas à toi, comment tu peux te sentir chez toi quand ce n’est pas vraiment chez toi.
– Ce n’est pas question d’être à toi, répond Nina, c’est comment tu te sens, tous les jours.

Le lire

ISBN : 978-2-9567788-0-6
242 pages au format 14 x 21
15 €
(+Port )

A commander  ICI

Bonus

 

Genèse et Pitch

Emma, réalisatrice de documentaires, pas au mieux de sa vie personnelle, accepte la proposition du Berger des Rues, éducateur spécialisé, de tourner un film sur les vies de jeunes gens en errance.
En attendant les financements, elle commence à interviewer des jeunes femmes qui lui ouvrent leur monde. L’impétueuse Charlie est en foyer depuis l’âge de 12 ans, elle a construit elle-même sa maison de bric et de broc, Coralie a la main verte mais l’esprit en vagabondage, Nina a élevé un enfant en vivant en camion. Elles se livrent sans masque, fortes et blessées. Les questions que soulèvent ces confessions incitent Emma à faire face à ses propres errances.
L’important devient que le film existe.

 

L’histoire du film dans le texte est l’histoire du texte.
Un livre commencé il y a cinq ans, un roman-documentaire sur des jeunes gens dans la précarité. C’est leur éducateur de rue qui en a eu l’idée, il a cherché des financements mais au final ça n’a pas fonctionné. Seulement on avait déjà commencé. Il m’avait accompagnée interviewer trois jeunes femmes qui m’ont retourné le cœur.
Je ne pouvais pas ne pas écrire ce livre.
Le voilà enfin.
J’ai tenu, tout en maintenant un fil de fiction pour rendre la lecture fluide, à donner tout l’espace à leur parole si sincère, en la laissant la plus intacte possible.
Charlie, Coralie et Nina ont ouvert leur vie, elles ont parlé sans posture, à fleur de peau.
Elles ont livré leur monde cash, je vous espère nombreux à les entendre.
A les lire, en l’occurrence.

HD

Ce qu'on en dit

« Ajouter des étoiles », parce que la vie est tellement pourrie que ça ne peut pas faire de mal d’y mettre un peu de rêve et de beauté.
La narratrice, accompagnée d’un éducateur de prévention spécialisée, part sur les chemins de traverses de la grande précarité quelque part en Provence. Il s’agit de préparer un film fait des paroles et des vies de trois jeunes femmes qui vivent dans une cabane, une caravane bricolée, un camion vaguement aménagé… Les rencontres structurent le récit, ses propres souvenirs de jeunesse (autofiction ? Imagination ?) interfèrent, les paroles de l’éducateur ponctuent.
C’est que la vie n’a pas été et n’est toujours pas jolie jolie pour ces trois femmes. Maltraitances physiques infantiles, incestes plus ou moins dits, inattentions parentales, échecs des placements et des suivis sociaux, violences conjugales, drogues, et bien entendu énorme et permanente précarité structurent leurs survies. Et, cependant, au milieu de tout cela, elles bougent, elles résistent, elles avancent. Cahin-caha, avec des clashs qui remettent tous les efforts à zéro, aussi avec des entraides, des solidarités… Et avec de sacrés coups de main de l’éducateur qui est attentif à elles, qui ne les lâche pas même quand elles contribuent largement et très efficacement à ce que tout rate une nouvelle fois.
Trois récits de vie, donc, de ces vies faites d’errance, de pertes de soi, d’espoirs, de lumières, auxquelles il serait si bon d’ajouter quelques étoiles… Autofiction, roman biographique ? Un peu de tout cela. Le grand intérêt de ce livre pour les intervenants du social c’est son écriture ethnographique sous forme romancée, sa lecture fluide, qui permet d’entrer dans ces vies présentées sans misérabilisme ni compassion. Des vies brutes, habitées, cash, avec des personnes brutes, habitées, cash. Passionnant.
Les intéressés découvriront également une pratique de la prévention spécialisée très éloignée de ce que la « prev’ » est devenue, avec une définition très affective proposée par l’éducateur dans une discussion : «la prévention c’est d’aller vers les gens les plus… c’est le dernier rempart, le dernier filet, les gens les plus abîmés, les gens qui prêtent à l’imaginaire, au fantasme, qui font peur » (p. 235). A méditer.

 

François Chobeaux in Bulletin Réseau national jeunes en errance

Extraits

Depuis la cabane, une voix forte nous demande d’attendre deux minutes, Charlie est en train de s’habiller. Il y a une intonation joyeuse dans cette voix, le Berger des Rues sourit.
Nous restons entre le portail et la maison, le gros chien nous fait la fête. En attendant j’observe les alentours.
Evidemment, je pense aux images que je pourrai tourner. Par exemple ce chapelet avec ce crucifix, le tout en plastique bleu turquoise, accroché au poteau de métal qui tient le portail. Les bouteilles de gaz, les seaux, les cônes de signalisation rouges et blancs empilés, les outils, les tas de planches, les arbres tout autour, le barbecue et les chaises longues usées, le linge qui sèche, les carcasses de voiture, le vieux caddy échoué près d’un tas de cendres et de cartons.
Comme dans tous les jardins où il y a un chien, un ballon crevé traîne dans l’herbe.
Je remarque deux caravanes sur un autre terrain au-delà du grillage, le Berger a suivi mon regard :
– Je ne sais pas qui habite là maintenant, mais il y a deux ans c’était un couple dont je m’occupais. La dernière fois que je leur ai rendu visite, j’ai retrouvé la jeune femme à moitié nue, pleine de boue, la figure et une jambe massacrées. Je l’ai emmenée à l’hôpital, quelques heures plus tard elle avait déjà appelé son mec pour qu’il vienne la chercher…
Le Berger raconte avec détachement, comme n’importe qui parlant de son boulot, mais j’ai le sentiment de devoir comprendre autre chose. Peut-être prendre la mesure de l’impuissance.
Soudain, je me demande ce qui l’a poussé à faire ce métier, je lui pose la question, il rit :
– C’est une bonne question ! J’ai…
Il est interrompu par la voix grave de Charlie.
– Alors Papé ?
Le visage du Berger s’illumine.

 

– Je travaillais en restauration au noir le weekend. Je gagnais 150 euros/200 euros par semaine, ça me suffisait pour mettre le gasoil, pour le reste. Là maintenant, depuis que je n’ai plus de travail c’est un peu plus rude. Mais bon, voilà, toujours la solidarité avec les copains. Tu n’as pas de gasoil ? Ton collègue va te passer un peu de rouge, de l’huile, tu peux conduire, tu as à manger dans ton assiette, une petite bière avec les copains, et voilà vivement le lendemain ! … Ah elle est chouette la vie hein ! J’aime bien être à Tuisper, j’aime bien mon terrain, je suis trop heureuse moi là, franchement, c’est la première fois que j’ai un pied-à-terre, je suis chez moi, je me sens bien. Là, vraiment, le pied-à-terre je l’ai trouvé. Avant, tous les deux ans je bougeais d’endroit…
Charlie occupée à charger le poêle n’a rien perdu de la conversation,
– C’est bien, intervient-elle, mais au fond ce n’est pas à toi, comment tu peux te sentir chez toi quand ce n’est pas vraiment chez toi.
– Ce n’est pas question d’être à toi, répond Nina, c’est comment tu te sens, tous les jours.

Le lire

ISBN : 978-2-9567788-0-6
242 pages au format 14 x 21
15 €
(+Port )

A commander   ICI

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