Les mots sont de petits leviers
mais nous n’avons pas trouvé encore leur point
d’appui.
Nous les appuyons les uns sur les autres
et l’édifice s’écroule.

Nous les appuyons sur la face de la pensée
et son masque les dévore.
Nous les appuyons sur le fleuve de l’amour
et ils partent avec le fleuve.

Et nous continuons de rechercher leur somme
en un seul levier,
mais sans savoir ce que nous voulons soulever,
si c’est la vie ou la mort,
si c’est le fait même de parler
ou le cercle fermé d’être hommes.

[Roberto Juarroz – Poésie verticale]